Résidente sereine dans un espace de vie chaleureux et lumineux d'un EHPAD parisien
Publié le 23 février 2026

Quand Françoise m’a appelée, elle était épuisée. Elle avait visité trois EHPAD dans le 16ème arrondissement en deux semaines. Trois plaquettes glacées identiques. Trois halls d’entrée impeccables. Et toujours cette même question qui la hantait : comment savoir si ma mère sera vraiment bien ici ?

Son histoire ressemble à celle de dizaines de familles que j’accompagne chaque année en Île-de-France. Le problème n’est pas le manque d’informations. C’est qu’on vous montre ce qu’on veut vous montrer. Selon une étude DREES de septembre 2025, le taux d’encadrement moyen dans les grands groupes d’EHPAD atteint 60,2 équivalents temps plein pour 100 résidents. Mais ce chiffre ne dit rien de ce que vous ressentirez en poussant la porte un mardi à 12h30.

L’essentiel pour évaluer un EHPAD en 30 secondes
  • Privilégiez une visite surprise à l’heure du repas plutôt qu’un rendez-vous programmé
  • Observez les interactions soignants-résidents, pas la décoration du hall
  • Vérifiez la température ambiante (entre 20 et 26°C selon les recommandations)
  • Posez LA question qui dérange : quel est le turn-over de votre équipe soignante ?

Les signaux que personne ne vous dit de vérifier lors d’une visite

Franchement, la plupart des guides vous parlent de vérifier la propreté des couloirs ou la qualité de la décoration. C’est important, bien sûr. Mais dans mon accompagnement de familles en recherche d’EHPAD sur Paris, j’observe régulièrement cette erreur : se laisser séduire par un hall d’entrée impeccable sans prêter attention aux interactions réelles entre soignants et résidents. Ce constat est limité à mon périmètre francilien et peut varier selon les établissements.

La Haute Autorité de Santé a d’ailleurs structuré son programme autour de quatre volets essentiels : l’accueil et l’accompagnement, l’organisation du cadre de vie, la vie sociale avec ouverture sur l’extérieur, et enfin la santé et les soins. Ces recommandations HAS sur la qualité de vie en EHPAD constituent le socle de toute évaluation sérieuse.

L’ambiance générale d’une salle commune révèle beaucoup sur la qualité de vie quotidienne



Ce qui me frappe souvent lors des retours de familles, c’est qu’elles n’avaient pas pensé à utiliser leurs sens. Voici ce que je recommande toujours de vérifier en premier :

  • L’odeur : pas celle du hall d’entrée (souvent parfumé), mais celle des couloirs d’étage à 11h du matin
  • Le niveau sonore : entend-on des conversations, de la musique, ou un silence pesant ?
  • Les regards : les résidents croisés semblent-ils présents, ou perdus dans le vide ?
  • Le rythme du personnel : court-il dans les couloirs ou prend-il le temps de s’arrêter ?

Les 3 signaux d’alerte à ne jamais ignorer

Une odeur persistante d’urine dans les couloirs (pas ponctuelle, mais récurrente). Un personnel qui ne vous salue pas ou évite votre regard. Des résidents assis en rang face à une télévision allumée sans personne pour regarder. Ces trois éléments, combinés, m’ont toujours indiqué un établissement en difficulté.

Mon avis après des années d’accompagnement : ne vous fiez jamais à une visite programmée un mardi après-midi. Demandez à revenir un samedi matin à l’heure du petit-déjeuner. C’est là que vous verrez la réalité du fonctionnement.

Confort de la chambre et espaces communs : ma grille d’évaluation terrain

La possibilité de personnaliser sa chambre fait partie des droits fondamentaux des résidents



Si vous cherchez un EHPAD dans le 16ème à Paris, vous constaterez vite que les établissements se ressemblent sur le papier. La différence se fait dans les détails concrets du quotidien. Voici ma grille personnelle, celle que j’utilise à chaque visite.

La température, d’abord. Une étude de l’Université de Wollongong citée par les professionnels du secteur établit une bande de confort entre 20 et 26,2 degrés pour les personnes âgées. L’arrêté ministériel du 13 août 2004 recommande de maintenir 25 à 26°C en période de canicule, avec une climatisation capable de fonctionner au-delà de 35°C extérieurs. Demandez comment l’établissement gère les épisodes de chaleur. À Paris, c’est devenu critique.

Votre grille d’évaluation en 10 points essentiels



  • Luminosité naturelle dans la chambre (fenêtre orientée, stores fonctionnels)


  • Système de régulation thermique individuel ou collectif


  • Sonnette d’appel accessible depuis le lit ET la salle de bain


  • Possibilité d’apporter du mobilier personnel (petit meuble, fauteuil)


  • Salle de bain adaptée avec barres d’appui et douche accessible


  • Espaces extérieurs accessibles (jardin, terrasse sécurisée)


  • Salle à manger avec tables de 4 à 6 personnes maximum


  • Salon commun distinct de la salle à manger


  • Planning d’animations visible et varié (pas que de la télévision)


  • Affichage de la charte des droits et libertés dans un lieu visible

Cette liste n’est pas exhaustive, et certains critères comptent plus que d’autres selon la situation de votre proche. Pour une personne atteinte de troubles cognitifs, la sécurisation des espaces extérieurs devient prioritaire. Pour quelqu’un de très autonome, c’est la possibilité de personnaliser sa chambre qui fera la différence.

Les questions à poser au personnel (et celles qu’ils n’aiment pas)

L’erreur la plus fréquente que je rencontre : arriver en visite sans liste de questions précises. Ou pire, poser des questions auxquelles on peut répondre par oui ou par non. Voici comment procéder différemment.

Ce que la visite de Françoise a révélé

J’ai accompagné Françoise lors de sa quatrième visite, dans un établissement du 16ème. Elle avait déjà visité trois fois en se concentrant uniquement sur les chambres et les tarifs. Cette fois, nous avons posé une question simple au directeur : Quel est le taux de rotation de votre équipe soignante sur les deux dernières années ? Son hésitation a duré sept secondes. La réponse évasive qui a suivi nous a appris plus que toutes les plaquettes.

Nous avons ensuite demandé à parler avec l’animatrice. Elle nous a montré spontanément le planning des activités du mois — pas celui affiché dans le hall, mais celui réellement suivi. Les différences étaient parlantes.

La qualité des échanges entre personnel et résidents se perçoit dès les premières minutes de visite



Soyons clairs : certaines questions mettent mal à l’aise. C’est justement leur intérêt. Voici celles que je recommande toujours de poser :

  • Combien de temps les aides-soignants restent-ils en moyenne dans votre établissement ?
  • Comment est élaboré le projet de vie individualisé et sous quel délai après l’admission ?
  • Que se passe-t-il si mon proche refuse de participer à une activité ou de prendre son repas en salle ?
  • Puis-je revenir demain matin sans prévenir pour voir le fonctionnement quotidien ?

Conseil terrain : Si vous voulez vraiment comprendre comment fonctionne un établissement, demandez à discuter cinq minutes avec un résident qui n’est pas en unité protégée. Un directeur qui refuse cette demande vous envoie un signal fort.

Une équipe stable est généralement le signe d’un bon management et favorise la continuité des soins. C’est un critère que les familles négligent souvent, mais qui impacte directement le quotidien. Si vous souhaitez approfondir votre démarche avant de visiter, je vous recommande de consulter les conseils pour choisir une maison de retraite de manière éclairée.

Vos questions sur le choix d’un EHPAD à Paris

Peut-on vraiment faire une visite surprise dans un EHPAD ?

Légalement, rien ne l’interdit. La charte des droits et libertés de la personne accueillie garantit le droit de visite aux familles. En pratique, certains établissements freinent cette possibilité pour des raisons organisationnelles. Un refus catégorique de visite imprévue doit vous alerter. Je conseille de proposer une visite surprise comme un test : la réaction de l’établissement est en elle-même une information précieuse.

Comment évaluer si le personnel est suffisant dans un EHPAD ?

Le taux d’encadrement moyen en France tourne autour de 60 équivalents temps plein pour 100 résidents selon les données DREES 2025. Mais ce chiffre global masque des disparités. Demandez le ratio pour le personnel soignant spécifiquement (aides-soignants, infirmiers), et comparez avec ce que vous observez sur le terrain : le personnel semble-t-il débordé ? Prend-il le temps de parler aux résidents ?

Mon proche peut-il apporter ses meubles et ses affaires personnelles ?

La possibilité de personnaliser sa chambre fait partie des droits des résidents, dans les limites de sécurité (pas de tapis qui font trébucher, pas de meubles bloquant les passages). La plupart des établissements acceptent un petit meuble, des photos encadrées, une couverture personnelle. Certains autorisent même un fauteuil si la chambre est assez grande. Posez la question précisément : « Puis-je apporter le fauteuil préféré de ma mère ? »

Comment comparer efficacement plusieurs EHPAD parisiens ?

Utilisez la grille d’évaluation proposée dans cet article et notez chaque établissement sur les mêmes critères. Visitez au moins deux établissements le même jour pour garder une base de comparaison fraîche. Prenez des photos (avec autorisation) des espaces communs. Et surtout, fiez-vous à votre ressenti global : après une heure de visite, imaginez-vous y déposer votre proche demain matin ?

Pour centraliser vos démarches et gagner du temps, vous pouvez constituer un dossier unique maison de retraite qui simplifiera vos candidatures auprès de plusieurs établissements.

La prochaine étape pour vous : Planifiez votre première visite avec cette grille en main. Mais posez-vous d’abord cette question : si vous pouviez observer votre proche dans cet établissement pendant 24 heures sans qu’il le sache, que voudriez-vous voir ? C’est exactement ce que vous devez chercher à percevoir en une heure de visite.

Précisions importantes sur l’évaluation d’un EHPAD

Ce guide ne remplace pas une visite sur place et des échanges directs avec le personnel et les résidents. Les critères de confort varient selon les besoins spécifiques de chaque personne (pathologie, niveau de dépendance, habitudes de vie). Les conditions peuvent évoluer dans un établissement suite à un changement de direction ou de turn-over du personnel. Pour les besoins médicaux spécifiques de votre proche, consultez son médecin traitant.

Rédigé par Élise Mercier, conseillère spécialisée dans l'accompagnement des familles en recherche d'hébergement pour personnes âgées depuis 2018. Basée en Île-de-France, elle a accompagné plusieurs centaines de familles dans leur recherche d'EHPAD et de résidences seniors. Son approche privilégie l'écoute des besoins spécifiques de chaque personne âgée et la transmission d'outils pratiques pour évaluer objectivement les établissements. Elle intervient régulièrement auprès d'associations d'aidants et de CCAS.